(Title inspired by Emily Dickinson. : parce que ce site existe encore et garde la trame de nos souvenirs)
Les pompiers sont venus arroser mes plantes. Et moi coincée dans l'appart' alors que j'aurai dû partir aujourd'hui je ne sais toujours pas ce qui s'est passé. J'aurai dû partir avant que tout commence.
Au bout de 10heures le camion de pompiers qui semblait avoir élu domicile au bout de la rue a enfin levé le camp.
Mardi perdu à assister au désastre tant attendu, et dehors le monde s'agitait en vain sans que je comprenne exactement ce qu'il s'y passait.
Il fallait bien que ma vie tourne encore en rond : c'était bien trop prévisible et ça me fait un peu rire que je sois tombée si juste. Et si durement.
A shinjuku le sourire de connivence d'une étrangère perdue comme moi dans le centre de voyage (mais pas seule, elle) m'a rendu le mien. Et de retour à Shinjuku pour peut-être une des dernières fois j'ai retrouvé ce vague plaisir à marcher dans cette gare immense et surpeuplée.
Le goût sucré d'un moccha blanc au starbucks de la gare a fait passé la boule que j'avais dans la gorge que j'avais depuis le matin.
Et la nuit a fini d'emporter les dernières traces de chagrin.
Il n'y a pas de place ici pour la solitude. Et pas plus que là-bas je ne gacherai le bonheur d'être libre.
Au Lumine Est, dans la boutique de fourniture une japonaise lisait près de moi un manga dont, s'il n'avait pas été à la disposition de tout un chaqun, j'aurais été persuadée qu'il s'agissait d'un hetai.
J'ai encore acheté carnets et stylos là-bas.
Il n'y avait pas beaucoup de différences entre ses mots et ceux de l'autre il y a trois ans. Seulement trois ans et ça semble déjà appartenir à un autre âge. Et un peu plus à chaque fois ceux qui prétendent que l'amour vaut quelquechose me font rire. Lui qui ne m'aime pas prétend pourtant pouvoir être jaloux. Tout ce qui alors était rassurant parce que tendre devient sale et me blesse; savoir si je n'ai pas risqué pire n'intéresse personne.
Les mêmes insultes aussi. Et je n'en peux plus de devoir supporter toujours la jalousie des autres moi qui me défend d'en ressentir la moindre.
Maintenant c'est fini. Le même détachement froid que la résignation dédaigneuse, un brin méprisante. En attendant que tout se change en colère.
Mais j'ai envie d'en rire de cette stupide réalité : tout sera toujours pareil et je ne suis que la répétition imparfaite de ce qui a été et de ce qui sera. Rien à faire.
Il y a des choses qui, si je vous les racontais vous horrifieraient peut-être, et que moi-même je me suis appliquée à oublier. Peu importe cela aussi. Pourtant ça aiderait peut-être à me comprendre, à arrêter de me détruire en deux mots. Puisque n'importe qui peut le faire, et y réussit si bien.
Ma dernière semaine à Tokyo a été partagée entre eux, trois parisiens et ma corres' japonaise.
On a trainé longtemps dans Shibuya avant de finir à Roppongi.
A chaque fois que le dégoût des mains qui se tendent pour nous attraper, celui des propositions trop occidentales et trop longtemps répétées pour être encore acceptables, il y a toujours quelqu'un pour écarter les importuns, pour me sourire, pour m'appaiser. Sans, eux, rien attendre en retour.
Je sors la nuit et je marche longtemps assurée que je ne risque rien.
Vivre ici pour toujours, dans la tendresse des nuits estivales. Et ne rien chercher d'autre que des sentiments dépourvu de toute vénalité. Faire disparaître jusqu'au goût de la France.
Mais je pars, je pars. Je quitte cette ville et la folie de ses week-ends et peut-être que je n'y reviendrai pas. Le regret des néons auquels on a pris goût. Et ailleurs trouver toujours les mêmes enseignes lumineuses mais une nuit plus calme peut-être...
J'en rêverai encore longtemps, dans les soirées d'hiver, de ce pays où j'ai retrouvé tous mes fantômes et où ils étaient si peu encombrants...
(et ma playlist du moment se limite à Louise Attaque : )
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